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vendredi 6 novembre 2026
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Mauritanie : l’endettement s’accélère, le développement attend

6 nov. 2026

Mauritanie, au cours des sept dernières années, des financements supérieurs à ceux dont le pays a bénéficié pendant près de six décennies, de son indépendance en 1960 à 2019. Le Rapport sur la dette internationale 2026, publié jeudi à Washington, invite à regarder au-delà de ce chiffre-vitrine : combien le pays doit, à qui, et pour quels résultats.

Le chiffre a été présenté comme un satisfecit. Entre 2019 et 2026, la Banque mondiale a engagé 1,64 milliard de dollars en faveur de la Mauritanie, contre 1,63 milliard entre 1960 et juin 2019. Autrement dit, le premier mandat et le début du second de Mohamed Ould Ghazouani pèsent autant que près de soixante ans de coopération.

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La courbe est nette. Après 22,5 millions de dollars engagés sur l’exercice 2019, les engagements ont dépassé 290 millions par an en 2020 et 2021, sous l’effet de la riposte au Covid-19. Ils sont retombés à 92 millions en 2022, puis sont remontés à 125 millions en 2023, 271 millions en 2024 et un record de 325 millions en 2025. L’année 2026 en compte déjà 231 millions.

Cette accélération surprend. Elle intervient au moment même où la Banque mondiale alerte sur un endettement record des pays en développement.

Un monde en développement plus endetté que jamais

Selon le Rapport sur la dette internationale 2026 de la Banque mondiale, la dette extérieure des pays en développement a atteint le record de 9 400 milliards de dollars en 2025. C’est une hausse de 5,5 %, la plus rapide depuis 2021.

Les pays admissibles à l’IDA, dont fait partie la Mauritanie, ont vu leur dette grimper plus vite encore : +8,1 %, à 1 300 milliards de dollars. Ils ont payé en moyenne 8,2 % sur leurs nouveaux emprunts privés, le taux le plus élevé depuis 1989, et 9,4 % sur leurs nouvelles obligations.

Le service de la dette des pays à revenu faible et intermédiaire a atteint 1 400 milliards de dollars en 2025, en hausse pour la cinquième année consécutive. « Ces pays empruntent davantage, paient plus et, dans bien des cas, consacrent moins de ressources au développement à long terme », résume Haishan Fu, statisticienne en chef du Groupe de la Banque mondiale.

Le rapport pointe aussi un piège discret : les variations de change. Plus d’un quart de la hausse de la dette publique des pays en développement en 2025 vient de l’affaiblissement du dollar, qui gonfle la valeur des dettes libellées dans d’autres monnaies. Pour plusieurs emprunteurs concessionnels, cet effet a dépassé le principal remboursé : leur dette a augmenté alors même qu’ils remboursaient.

Ce que dit la fiche Mauritanie

Fin 2025, la dette extérieure totale de la Mauritanie s’élevait à 4 607 millions de dollars, en hausse de 3,5 % sur un an. La quasi-totalité, 4 350 millions, est une dette publique ou garantie par l’État ; le reste, 257 millions, est à court terme.

Créancier Encours fin 2025 (M$) Part de la dette publique
Fonds arabe pour le développement économique et social (FADES) 1 243 29 %
Autres multilatéraux 1 232 28 %
Arabie saoudite 646 15 %
Banque mondiale (IDA) 531 12 %
Autres bilatéraux 457 11 %
Koweït 239 5 %
Total dette publique et garantie 4 350 100 %

Source : Banque mondiale, Rapport sur la dette internationale 2026, fiche pays Mauritanie.

Les ratios, eux, se sont améliorés. La dette extérieure représente 96 % des exportations et 40 % du revenu national brut (RNB), contre 164 % et 48 % en moyenne pour l’Afrique subsaharienne. Le service de la dette absorbe 8 % des recettes d’exportation, contre 15 % pour la région.

En 2025, les nouveaux engagements mauritaniens sont tous venus de créanciers publics, à 1,5 % d’intérêt, sur 23 ans avec 7 ans de différé. Nouakchott n’a souscrit aucun prêt auprès de créanciers privés. L’analyse de viabilité FMI–Banque mondiale de juin 2026 classe le risque de surendettement comme « modéré ».

Les angles morts d’un bilan flatteur

Un engagement n’est ni un décaissement, ni un résultat

La Banque mondiale le rappelle elle-même : ses 3,27 milliards de dollars cumulés ne sont ni des transferts immédiats ni l’encours de la dette. Au 31 août 2026, la Mauritanie lui avait remboursé environ 788 millions et lui devait encore 651 millions. Le solde, environ 1,8 milliard, mêle dons, montants non décaissés ou annulés et allègements obtenus au titre des initiatives PPTE et IADM des années 2000.

C’est là que le bilan devient flou. Combien des 1,64 milliard engagés depuis 2019 ont réellement été décaissés ? Quelle part sont des dons ? Quels projets ont atteint leurs objectifs ? Le gouvernement répond que les engagements ne sont pas de la dette. C’est exact, mais cela ne dit rien de leur efficacité.

Une dette IDA qui grimpe vite

Le rapport chiffre la dette envers l’IDA à 531 millions de dollars fin 2025. La Banque mondiale annonce 651 millions au 31 août 2026. Si les deux chiffres sont comparables, l’encours aurait gagné environ 120 millions en huit mois, soit plus de 20 %. Les crédits IDA étant libellés en droits de tirage spéciaux, la faiblesse du dollar y contribue sans doute, mais le rythme mérite une explication publique.

Concessionnel ne veut pas dire gratuit

Un taux de 1,5 % sur 23 ans reste un remboursement. Et le risque de change s’ajoute au taux : une grande partie de la dette mauritanienne est due au FADES, à l’Arabie saoudite et au Koweït, ou libellée en DTS. Le rapport montre que, pour plusieurs emprunteurs concessionnels, l’effet de change a dépassé en 2025 le principal remboursé. La hausse de 3,5 % de la dette mauritanienne en 2025 pourrait en partie relever de ce mécanisme, sans qu’aucune donnée officielle ne le précise.

Une dépendance concentrée

Le FADES, l’Arabie saoudite et le Koweït détiennent à eux trois près de la moitié (49 %) de la dette publique extérieure. Cette concentration offre des conditions souples, mais elle lie la marge de manœuvre budgétaire du pays à un petit nombre de partenaires.

Des ratios meilleurs, une dette qui ne baisse plus

La dette extérieure de 2025 (4 607 millions) reste inférieure à celle de 2015 (4 993 millions), et les ratios s’améliorent. Mais cette amélioration doit beaucoup à la croissance des exportations, minières et bientôt gazières, donc aux cours mondiaux. Le FMI et la Banque mondiale le soulignent : le risque « modéré » reste exposé aux chocs sur les matières premières. Un retournement des prix suffirait à dégrader rapidement des ratios aujourd’hui rassurants.

Le vrai débat : la redevabilité

La Mauritanie n’est pas en crise de la dette. Elle emprunte à des conditions bien plus douces que ses voisins exposés aux marchés, et ses ratios restent sous la moyenne régionale. Mais un record d’engagements n’est pas un record de développement.

Le gouvernement a progressé sur la transparence : bulletins de la dette désormais trimestriels, comité national chargé d’examiner tout emprunt non concessionnel. Il reste à rendre des comptes sur l’usage des fonds. Quatre questions méritent une réponse publique :

  1. Quelle part des 1,64 milliard engagés depuis 2019 a été effectivement décaissée, et quelle part en dons ?
  2. Pourquoi la dette envers l’IDA serait-elle passée d’environ 531 à 651 millions de dollars en huit mois ?
  3. Quels résultats mesurables les grands projets ont-ils produits en santé, éducation, eau et emploi ?
  4. Comment le pays se protège-t-il du risque de change et d’une baisse des prix du minerai, de l’or et du gaz ?

La Banque mondiale l’écrit elle-même : gérer la dette de manière responsable, c’est donner une chance aux générations futures. À Nouakchott, cette responsabilité se mesurera moins au montant obtenu qu’à ce que chaque dollar emprunté aura laissé derrière lui.

 

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