{"id":41538,"date":"2026-10-10T20:34:37","date_gmt":"2026-10-10T20:34:37","guid":{"rendered":"https:\/\/lequotidien.mr\/?p=41538"},"modified":"2026-10-10T20:34:37","modified_gmt":"2026-10-10T20:34:37","slug":"somelec-ou-le-prix-dun-etat-qui-investit-plus-vite-quil-ne-se-reforme-mansour-ly","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lequotidien.mr\/?p=41538&lang=fr","title":{"rendered":"SOMELEC ou le prix d\u2019un \u00c9tat qui investit plus vite qu\u2019il ne se r\u00e9forme \/ Mansour LY"},"content":{"rendered":"<p>Il aura fallu deux incendies, plusieurs jours de coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et des quartiers entiers de Nouakchott plong\u00e9s dans l\u2019incertitude pour que nous regardions enfin ce qui se passe derri\u00e8re les grands investissements publics.<\/p>\n<p>Pendant que les techniciens tentaient de r\u00e9tablir le courant, une autre question commen\u00e7ait \u00e0 circuler. Comment des installations destin\u00e9es \u00e0 renforcer le r\u00e9seau \u00e9lectrique avaient-elles pu se retrouver au centre d\u2019une crise d\u2019une telle ampleur ?<\/p>\n<p>Le rapport de la commission pr\u00e9sid\u00e9e par Ousmane Mamoudou Kane, rendu public le 8 octobre, apporte des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse. Mais sa lecture r\u00e9v\u00e8le quelque chose de plus pr\u00e9occupant que les circonstances de deux incendies.<\/p>\n<p>Elle met en \u00e9vidence les difficult\u00e9s d\u2019un appareil d\u2019\u00c9tat qui mobilise des ressources importantes, engage des march\u00e9s, acquiert des \u00e9quipements, mais peine encore \u00e0 garantir que les comp\u00e9tences, les proc\u00e9dures et les contr\u00f4les accompagnent r\u00e9ellement ces investissements.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 cette contradiction que nous devons nous int\u00e9resser. Car la question n\u2019est plus seulement de savoir ce qui a br\u00fbl\u00e9 dans les postes \u00e9lectriques de Nouakchott. Elle est de comprendre ce qui, dans notre mani\u00e8re d\u2019administrer les affaires publiques, a permis l\u2019accumulation de d\u00e9faillances avant m\u00eame que le feu ne se d\u00e9clare.<\/p>\n<p><strong>Les premi\u00e8res alertes n\u2019\u00e9taient pas venues de l\u2019administration<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque les incendies surviennent les 21 et 22 ao\u00fbt 2026, les premi\u00e8res explications portent naturellement sur les \u00e9quipements, les raccordements et les op\u00e9rations de remise en service.<\/p>\n<p>La SOMELEC mobilise ses \u00e9quipes, recherche des solutions provisoires et parvient progressivement \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019alimentation \u00e9lectrique. Ces efforts doivent \u00eatre reconnus. Ils ne dispensent cependant pas d\u2019examiner les circonstances dans lesquelles une partie importante de la capitale a pu se trouver priv\u00e9e d\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n<p>Le 2 septembre, l\u2019Organisation pour la Transparence Inclusive, l\u2019OTI, rend publique une investigation qui d\u00e9place le d\u00e9bat.<\/p>\n<p>L\u2019organisation ne pr\u00e9tend pas avoir identifi\u00e9 d\u00e9finitivement la cause des incendies. Elle attire plut\u00f4t l\u2019attention sur les nouvelles liaisons de 33 kV, les conditions d\u2019attribution de certains march\u00e9s, les qualifications techniques des entreprises retenues et la mani\u00e8re dont les travaux ont \u00e9t\u00e9 contr\u00f4l\u00e9s. Son enqu\u00eate soul\u00e8ve notamment des interrogations sur CTM B\u00e2timent, entreprise charg\u00e9e de fournir, d\u2019installer et de mettre en service les nouvelles liaisons.<\/p>\n<p>L\u2019OTI examine les r\u00e9f\u00e9rences professionnelles pr\u00e9sent\u00e9es par cette soci\u00e9t\u00e9. Elle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 sa participation au projet de centrale solaire de Zou\u00e9rate, aux responsabilit\u00e9s respectives de CTM et de GBL Energy, ainsi qu\u2019aux crit\u00e8res de qualification exig\u00e9s par les appels d\u2019offres.<\/p>\n<p>Elle s\u2019interroge \u00e9galement sur les d\u00e9lais d\u2019ex\u00e9cution et sur l\u2019attribution d\u2019autres march\u00e9s \u00e0 des entreprises intervenant dans le m\u00eame environnement contractuel.<\/p>\n<p>Ces interrogations ne constituaient pas des preuves de fraude. Elles avaient n\u00e9anmoins le m\u00e9rite de ramener la discussion sur un terrain pr\u00e9cis, celui des documents, des proc\u00e9dures et des obligations contractuelles.<\/p>\n<p>C\u2019est un apport important.<\/p>\n<p>Dans notre pays, les controverses publiques prennent souvent une tournure personnelle avant que les dossiers aient \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement examin\u00e9s. On cherche des noms, on pr\u00eate des intentions, on convoque les appartenances politiques. Le document administratif, lui, passe parfois au second plan.<\/p>\n<p>Or une attestation de bonne ex\u00e9cution, un proc\u00e8s-verbal de r\u00e9ception, une d\u00e9cision d\u2019attribution ou un rapport de contr\u00f4le peuvent en dire davantage qu&#8217;une semaine de d\u00e9clarations.<\/p>\n<p>L\u2019enqu\u00eate citoyenne avait pos\u00e9 des questions. La commission officielle devait d\u00e9sormais y r\u00e9pondre avec les moyens de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><strong>Ce que la commission Kane a \u00e9tabli<\/strong><\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9e le 25 ao\u00fbt, la commission disposait d\u2019un mandat \u00e9tendu. Elle devait examiner les circonstances techniques des incendies, rechercher les causes directes et indirectes, identifier les manquements \u00e9ventuels et proposer des mesures correctives.<\/p>\n<p>Son travail a mobilis\u00e9 des comp\u00e9tences nationales et \u00e9trang\u00e8res, notamment des experts techniques et des repr\u00e9sentants d\u2019institutions publiques.<\/p>\n<p>Les conclusions publi\u00e9es \u00e9tablissent un lien direct entre les incendies et les nouvelles liaisons \u00e9lectriques mises en service peu avant les sinistres. Les investigations situent les d\u00e9parts de feu au niveau des cellules de 33 kV auxquelles ces liaisons \u00e9taient raccord\u00e9es.<\/p>\n<p>Il faut toutefois conserver une distinction essentielle. La commission n\u2019a pas pu d\u00e9terminer avec certitude le d\u00e9faut physique initial. Elle \u00e9voque plusieurs m\u00e9canismes possibles, notamment une d\u00e9faillance au niveau des accessoires des c\u00e2bles, de leurs extr\u00e9mit\u00e9s ou de leur mise \u00e0 la terre.<\/p>\n<p>Autrement dit, elle a identifi\u00e9 un environnement technique d\u00e9faillant et des circonstances particuli\u00e8rement pr\u00e9occupantes, sans pouvoir attribuer avec certitude l&#8217;\u00e9tincelle initiale \u00e0 un composant unique. Cette prudence est n\u00e9cessaire. Elle ne diminue pas la port\u00e9e des autres constatations.<\/p>\n<p>Le rapport rel\u00e8ve des insuffisances dans les \u00e9tudes pr\u00e9alables, la qualification du titulaire d\u2019un march\u00e9, la conformit\u00e9 des \u00e9quipements, le suivi des travaux, les essais r\u00e9alis\u00e9s avant la mise sous tension et le traitement des r\u00e9serves techniques. Il d\u00e9crit \u00e9galement les faiblesses des dispositifs de pr\u00e9vention, de d\u00e9tection et d\u2019intervention contre les incendies. On comprend alors que le probl\u00e8me d\u00e9passe largement le c\u00e2ble.<\/p>\n<p>Une installation \u00e9lectrique de cette importance ne devient pas s\u00fbre simplement parce qu\u2019un \u00e9quipement a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 et pos\u00e9. Sa s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9pend d\u2019une succession de d\u00e9cisions. Il faut avoir correctement d\u00e9fini les besoins, choisi une entreprise qualifi\u00e9e, v\u00e9rifi\u00e9 les mat\u00e9riels, surveill\u00e9 les travaux, r\u00e9alis\u00e9 les essais et formellement autoris\u00e9 la mise en service. \u00c0 chacune de ces \u00e9tapes correspond une responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Lorsque plusieurs contr\u00f4les sont insuffisants, le risque ne repose plus sur une erreur isol\u00e9e. Il r\u00e9sulte de l&#8217;affaiblissement progressif des garanties qui auraient d\u00fb emp\u00eacher cette erreur de produire ses effets. C\u2019est probablement l\u2019un des enseignements les plus importants du rapport.<\/p>\n<p><strong>Les march\u00e9s publics au c\u0153ur de l\u2019affaire<\/strong><\/p>\n<p>Le march\u00e9 relatif aux trois nouvelles liaisons de 33 kV, attribu\u00e9 \u00e0 CTM B\u00e2timent, repr\u00e9sente 124 millions d\u2019ouguiyas nouvelles.<\/p>\n<p>Un autre contrat, d\u2019un montant de 45 millions d\u2019ouguiyas nouvelles, a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 au bureau d\u2019ing\u00e9nierie IRAF pour le suivi de plusieurs march\u00e9s, dont celui des liaisons concern\u00e9es. Ces deux montants \u00e9clairent une difficult\u00e9 souvent n\u00e9glig\u00e9e dans notre administration.<\/p>\n<p>Le contr\u00f4le technique n\u2019est pas un accessoire du march\u00e9 principal. Il constitue une prestation \u00e0 part enti\u00e8re, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment pour pr\u00e9venir les erreurs d\u2019ex\u00e9cution, v\u00e9rifier les engagements contractuels et alerter le ma\u00eetre d\u2019ouvrage.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un march\u00e9 de travaux pr\u00e9sente des d\u00e9faillances et que le dispositif charg\u00e9 de le surveiller se r\u00e9v\u00e8le lui-m\u00eame insuffisant, la question devient institutionnelle.<\/p>\n<p>Qui v\u00e9rifie les qualifications de l\u2019entreprise ?<\/p>\n<p>Qui s\u2019assure que le mat\u00e9riel livr\u00e9 correspond au mat\u00e9riel command\u00e9 ?<\/p>\n<p>Qui autorise une modification des sp\u00e9cifications ?<\/p>\n<p>Qui constate les r\u00e9serves ?<\/p>\n<p>Qui d\u00e9cide, malgr\u00e9 ces r\u00e9serves, de mettre l\u2019installation sous tension ?<\/p>\n<p>Et surtout, qui poss\u00e8de r\u00e9ellement le pouvoir d\u2019arr\u00eater une op\u00e9ration lorsqu\u2019elle ne satisfait pas aux exigences de s\u00e9curit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Le rapport met en cause, \u00e0 diff\u00e9rents niveaux, les proc\u00e9dures de la SOMELEC, la supervision du minist\u00e8re de l\u2019\u00c9nergie, les obligations contractuelles de CTM et les prestations de contr\u00f4le d\u2019IRAF.<\/p>\n<p>Ces constats doivent naturellement \u00eatre soumis aux proc\u00e9dures contradictoires appropri\u00e9es. Les entreprises concern\u00e9es doivent pouvoir produire leurs documents, expliquer leurs interventions et contester les griefs qui leur sont adress\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais le d\u00e9bat ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 une confrontation entre l\u2019administration et ses prestataires. Il concerne la qualit\u00e9 m\u00eame de la commande publique.<\/p>\n<p>Un march\u00e9 public ne se r\u00e9sume pas au choix d\u2019un attributaire et \u00e0 la signature d\u2019un contrat. Il suppose que l\u2019administration soit capable de d\u00e9finir ce qu\u2019elle ach\u00e8te, d\u2019appr\u00e9cier les comp\u00e9tences de celui qui le fournit et de contr\u00f4ler effectivement ce qu\u2019elle re\u00e7oit.<\/p>\n<p>Sans cela, la proc\u00e9dure peut \u00eatre r\u00e9guli\u00e8re en apparence tout en laissant subsister des risques majeurs dans son ex\u00e9cution.<\/p>\n<p><strong>Le probl\u00e8me des qualifications et des r\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n<p>Parmi les points soulev\u00e9s initialement par l\u2019OTI, puis repris dans les conclusions de la commission, figure la question des r\u00e9f\u00e9rences professionnelles de CTM B\u00e2timent. L\u2019enqu\u00eate citoyenne avait interrog\u00e9 la port\u00e9e de la participation de cette entreprise \u00e0 la centrale solaire de Zou\u00e9rate. Elle relevait notamment une diff\u00e9rence possible entre les travaux de construction et les prestations techniques sp\u00e9cialis\u00e9es. Le rapport officiel va plus loin en faisant \u00e9tat d\u2019une contestation par la SNIM d\u2019une attestation de bonne ex\u00e9cution utilis\u00e9e dans le dossier de qualification.<\/p>\n<p>Il recommande que les pi\u00e8ces correspondantes soient transmises aux autorit\u00e9s judiciaires comp\u00e9tentes afin qu\u2019elles en appr\u00e9cient les \u00e9ventuelles cons\u00e9quences p\u00e9nales.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un point s\u00e9rieux, qui appelle une instruction rigoureuse.Une r\u00e9f\u00e9rence professionnelle n\u2019est pas une simple formalit\u00e9 destin\u00e9e \u00e0 compl\u00e9ter un dossier. Elle sert \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019une entreprise poss\u00e8de l\u2019exp\u00e9rience n\u00e9cessaire pour ex\u00e9cuter des travaux d\u00e9termin\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans un secteur aussi sensible que l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, la diff\u00e9rence entre avoir particip\u00e9 \u00e0 la construction d\u2019une installation et avoir assur\u00e9 sa conception, son raccordement ou sa mise en service n\u2019est pas secondaire. Elle peut \u00eatre d\u00e9cisive pour appr\u00e9cier la capacit\u00e9 technique d\u2019un soumissionnaire. Il appartiendra aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes d\u2019\u00e9tablir la nature exacte des documents pr\u00e9sent\u00e9s, leur port\u00e9e, les v\u00e9rifications effectu\u00e9es et les responsabilit\u00e9s \u00e9ventuelles. Mais une question doit d\u00e9j\u00e0 \u00eatre pos\u00e9e.<\/p>\n<p>Comment une administration disposant de services techniques, de commissions de march\u00e9s et de m\u00e9canismes de contr\u00f4le peut-elle se retrouver confront\u00e9e, apr\u00e8s un accident majeur, \u00e0 des interrogations aussi fondamentales sur la qualification d\u2019un prestataire ? C\u2019est cette question qui devrait retenir l\u2019attention bien au-del\u00e0 du dossier CTM.<\/p>\n<p><strong>L\u2019Etat investit. Son administration suit-elle ?<\/strong><\/p>\n<p>Le programme d\u2019urgence dans lequel s\u2019inscrivent les travaux repr\u00e9sente 1,77 milliard d\u2019ouguiyas nouvelles. L\u2019objectif \u00e9tait de renforcer le r\u00e9seau \u00e9lectrique, d\u2019am\u00e9liorer les capacit\u00e9s de distribution et de r\u00e9pondre \u00e0 une demande croissante.<\/p>\n<p>Ces investissements correspondent \u00e0 de v\u00e9ritables besoins.<\/p>\n<p>Nouakchott grandit. Les quartiers s\u2019\u00e9tendent, les activit\u00e9s \u00e9conomiques se d\u00e9veloppent et les besoins en \u00e9nergie augmentent. La modernisation du r\u00e9seau est donc indispensable.<\/p>\n<p>Mais investir davantage ne suffit pas.<\/p>\n<p>Il faut \u00e9galement que les institutions charg\u00e9es de pr\u00e9parer, d\u2019ex\u00e9cuter et de contr\u00f4ler ces investissements progressent au m\u00eame rythme.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la difficult\u00e9 relev\u00e9e par la commission.<\/p>\n<p>Elle constate que l\u2019augmentation des capacit\u00e9s techniques ne s\u2019est pas accompagn\u00e9e d\u2019un renforcement \u00e9quivalent de l\u2019organisation, des comp\u00e9tences, des proc\u00e9dures et des m\u00e9canismes de gestion de la SOMELEC.<\/p>\n<p>Cette observation d\u00e9passe le secteur \u00e9lectrique.<\/p>\n<p>Elle interroge une mani\u00e8re de conduire l\u2019action publique dans laquelle l\u2019annonce d\u2019un financement, la signature d\u2019un march\u00e9 ou l\u2019inauguration d\u2019un \u00e9quipement occupent souvent davantage de place que la pr\u00e9paration des conditions n\u00e9cessaires \u00e0 son fonctionnement durable.<\/p>\n<p>Or une infrastructure ne s\u2019ach\u00e8ve pas le jour de son inauguration.<\/p>\n<p>Elle commence alors une autre vie, g\u00e9n\u00e9ralement plus longue et plus exigeante. Il faut l\u2019entretenir, former ceux qui l\u2019exploitent, pr\u00e9voir les pi\u00e8ces de rechange, renouveler les \u00e9quipements et anticiper les risques.<\/p>\n<p>Les d\u00e9penses correspondantes sont moins visibles politiquement. Elles produisent rarement des images spectaculaires. Elles conditionnent pourtant la dur\u00e9e de vie des investissements.<\/p>\n<p>La commission recommande d\u2019ailleurs de revoir l\u2019organisation de la SOMELEC, de professionnaliser les recrutements, de renforcer la formation, de moderniser la maintenance et de clarifier les relations financi\u00e8res entre l\u2019\u00c9tat et l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Ces propositions montrent que les difficult\u00e9s identifi\u00e9es ne se limitent pas \u00e0 quelques d\u00e9cisions contractuelles.<\/p>\n<p>Elles concernent la capacit\u00e9 de l\u2019institution \u00e0 remplir durablement sa mission.<\/p>\n<p><strong>Une crise technique aux cons\u00e9quences profond\u00e9ment sociales<\/strong><\/p>\n<p>Il serait dommage de laisser les discussions sur les march\u00e9s et les responsabilit\u00e9s faire oublier ceux qui ont subi les coupures. Pendant plusieurs jours, des familles ont v\u00e9cu sans \u00e9lectricit\u00e9. Des commerces ont \u00e9t\u00e9 perturb\u00e9s, des activit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 interrompues et des m\u00e9nages ont d\u00fb trouver des solutions provisoires.<\/p>\n<p>Dans une ville comme Nouakchott, ces interruptions ne touchent pas tout le monde de la m\u00eame mani\u00e8re. Certains disposent de groupes \u00e9lectrog\u00e8nes, de batteries ou des moyens n\u00e9cessaires pour limiter les cons\u00e9quences d\u2019une coupure. D\u2019autres doivent simplement attendre. Cette in\u00e9galit\u00e9 est rarement prise en compte lorsque nous parlons de performance des services publics.Pourtant, elle dit beaucoup de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que les m\u00e9nages les plus ais\u00e9s se dotent de solutions priv\u00e9es, le dysfonctionnement du service public devient plus supportable pour eux et plus lourd pour les autres. La d\u00e9brouille finit par masquer les insuffisances collectives. Elle ne les corrige pas. Le service public de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 devrait pr\u00e9cis\u00e9ment r\u00e9duire cette d\u00e9pendance aux moyens individuels. La fiabilit\u00e9 du r\u00e9seau n\u2019est donc pas seulement une question d\u2019ing\u00e9nierie. Elle participe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les citoyens et de la confiance qu\u2019ils accordent aux institutions.<\/p>\n<p><strong>Le rapport et la question de la responsabilit\u00e9 politique<\/strong><\/p>\n<p>La publication du rapport intervient dans un contexte politique particulier. Le 8 octobre, ses conclusions sont pr\u00e9sent\u00e9es au Pr\u00e9sident Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, en pr\u00e9sence du Premier ministre El Moctar Ould Djay. Le chef de l\u2019\u00c9tat demande au gouvernement de prendre les mesures n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Le lendemain, Ould Djay est reconduit \u00e0 la Primature apr\u00e8s la d\u00e9mission de son gouvernement. Cette succession d\u2019\u00e9v\u00e9nements suscite naturellement des interrogations. Certains responsables de l\u2019opposition y voient une contradiction avec la gravit\u00e9 des dysfonctionnements r\u00e9v\u00e9l\u00e9s. D\u2019autres demandent des sanctions administratives, des poursuites judiciaires ou la mise en cause des responsables politiques.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9actions participent du d\u00e9bat d\u00e9mocratique.Il faut cependant distinguer plusieurs niveaux de responsabilit\u00e9. La responsabilit\u00e9 technique concerne les op\u00e9rations r\u00e9alis\u00e9es, les \u00e9quipements utilis\u00e9s et les r\u00e8gles de s\u00e9curit\u00e9 appliqu\u00e9es. La responsabilit\u00e9 contractuelle porte sur le respect des engagements pris par les entreprises et les prestataires.<\/p>\n<p>La responsabilit\u00e9 administrative s\u2019appr\u00e9cie \u00e0 partir des fonctions exerc\u00e9es, des d\u00e9cisions prises et des obligations de contr\u00f4le. La responsabilit\u00e9 p\u00e9nale, lorsqu\u2019elle est envisag\u00e9e, doit \u00eatre \u00e9tablie par les autorit\u00e9s judiciaires comp\u00e9tentes dans le respect des droits de la d\u00e9fense. La responsabilit\u00e9 politique ob\u00e9it \u00e0 une autre logique.<\/p>\n<p>Elle concerne la mani\u00e8re dont les dirigeants conduisent l\u2019action publique, supervisent les institutions et r\u00e9pondent devant les citoyens des dysfonctionnements de leur administration. Ces responsabilit\u00e9s peuvent se rejoindre. Elles ne se confondent pas n\u00e9cessairement. La reconduction du Premier ministre ne signifie donc pas, \u00e0 elle seule, que le rapport serait priv\u00e9 de cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Elle ne dispense pas davantage de s\u2019interroger sur la responsabilit\u00e9 politique dans la conduite du programme concern\u00e9. La r\u00e9ponse d\u00e9pendra des d\u00e9cisions effectivement prises. Si les conclusions d\u00e9bouchent sur des mesures v\u00e9rifiables, des proc\u00e9dures contradictoires, des r\u00e9formes de contr\u00f4le et une am\u00e9lioration durable du service, la reconduction pourra \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de ces r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>Si, au contraire, les recommandations restent sans suite, les interrogations sur la port\u00e9e politique de l\u2019enqu\u00eate prendront une autre dimension. L\u2019enjeu n\u2019est pas de rechercher un sacrifice politique pour satisfaire momentan\u00e9ment l\u2019opinion. Il est de savoir si le pouvoir est dispos\u00e9 \u00e0 faire produire \u00e0 son propre rapport les cons\u00e9quences qu\u2019appellent les faits \u00e9tablis.<\/p>\n<p><strong>La difficult\u00e9 des arrangements<\/strong><\/p>\n<p>Il existe, dans notre vie administrative et politique, une tentation ancienne de traiter les crises par des arrangements. On cherche une solution qui permette de r\u00e9tablir le fonctionnement des services, de m\u00e9nager les rapports institutionnels, de pr\u00e9server certains \u00e9quilibres et de tourner la page. Cette m\u00e9thode peut parfois faciliter la sortie d\u2019une crise imm\u00e9diate. Mais elle devient probl\u00e9matique lorsque la recherche d\u2019un compromis prend le pas sur la d\u00e9termination des responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans l\u2019affaire SOMELEC, la difficult\u00e9 est particuli\u00e8re. Les manquements relev\u00e9s concernent plusieurs acteurs li\u00e9s par des contrats, des obligations de supervision et des d\u00e9cisions administratives successives. Une mesure prise contre un seul intervenant ne suffirait donc pas n\u00e9cessairement \u00e0 expliquer pourquoi les autres contr\u00f4les n\u2019ont pas fonctionn\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, la mise en cause g\u00e9n\u00e9rale de toutes les institutions concern\u00e9es ne remplacerait pas l\u2019examen pr\u00e9cis des d\u00e9cisions individuelles. C\u2019est pourquoi les suites de l\u2019enqu\u00eate doivent \u00eatre fond\u00e9es sur les pi\u00e8ces. Les ordres de service, les attestations, les proc\u00e8s-verbaux, les rapports de contr\u00f4le, les r\u00e9serves techniques, les correspondances et les d\u00e9cisions de mise sous tension doivent permettre de reconstituer la cha\u00eene des responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019administration doit pouvoir d\u00e9montrer ce qu\u2019elle savait, \u00e0 quel moment elle le savait et ce qu\u2019elle a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en faire. Cette exigence est plus difficile qu\u2019un remaniement ou qu\u2019une d\u00e9claration solennelle. Elle oblige \u00e0 examiner le fonctionnement r\u00e9el des institutions.<\/p>\n<p><strong>Publier le rapport ne suffit pas<\/strong><\/p>\n<p>La mise \u00e0 disposition du r\u00e9sum\u00e9 ex\u00e9cutif constitue une avanc\u00e9e importante. Mais le document rendu accessible au public renvoie lui-m\u00eame \u00e0 des annexes, \u00e0 un tableau des responsabilit\u00e9s et \u00e0 un plan d\u2019action. Or ces \u00e9l\u00e9ments sont indispensables pour appr\u00e9cier la port\u00e9e exacte des conclusions.<\/p>\n<p>Il serait utile que le rapport int\u00e9gral et les annexes communicables soient publi\u00e9s, sous r\u00e9serve des exigences l\u00e9gales de confidentialit\u00e9 et de protection des proc\u00e9dures \u00e9ventuelles. Cette publication permettrait de mieux comprendre la m\u00e9thode suivie, les constatations techniques, les r\u00e9ponses des parties concern\u00e9es et les recommandations adress\u00e9es \u00e0 chaque institution.<\/p>\n<p>Elle \u00e9viterait \u00e9galement que le d\u00e9bat se construise uniquement \u00e0 partir de r\u00e9sum\u00e9s, de commentaires et d&#8217;interpr\u00e9tations politiques. La transparence n&#8217;exige pas de publier indistinctement toutes les pi\u00e8ces d&#8217;un dossier. Elle suppose de rendre accessibles les informations n\u00e9cessaires \u00e0 la compr\u00e9hension des d\u00e9cisions publiques, tout en respectant les droits des personnes et les imp\u00e9ratifs l\u00e9gaux. La commission recommande elle-m\u00eame un m\u00e9canisme de suivi de haut niveau.<\/p>\n<p>Ce dispositif gagnerait \u00e0 s\u2019accompagner d\u2019une information r\u00e9guli\u00e8re sur les mesures engag\u00e9es, leur \u00e9tat d\u2019avancement et les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es. Il ne s\u2019agit pas de transformer chaque d\u00e9cision administrative en spectacle m\u00e9diatique.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit de permettre aux citoyens de savoir si les recommandations sont r\u00e9ellement mises en \u0153uvre.Le Parlement a \u00e9galement sa place dans ce suivi, notamment par ses moyens de contr\u00f4le de l\u2019action gouvernementale et d\u2019examen de l\u2019utilisation des ressources publiques. Une enqu\u00eate ind\u00e9pendante peut \u00e9clairer une crise. Elle ne remplace pas durablement les institutions ordinaires de contr\u00f4le.<\/p>\n<p><strong>Ce que cette affaire devrait nous apprendre<\/strong><\/p>\n<p>Les incendies de Nouakchott ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 plusieurs fragilit\u00e9s. La premi\u00e8re concerne la pr\u00e9paration des investissements et la qualification des entreprises. La deuxi\u00e8me touche \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des march\u00e9s, au contr\u00f4le technique et aux conditions de r\u00e9ception des \u00e9quipements. La troisi\u00e8me rel\u00e8ve de la maintenance, de la s\u00e9curit\u00e9 des installations et de la gestion des urgences.<\/p>\n<p>La quatri\u00e8me, plus profonde, concerne la gouvernance de la SOMELEC et les rapports entre l\u2019entreprise publique, son minist\u00e8re de tutelle et les organes charg\u00e9s du contr\u00f4le. Ces difficult\u00e9s ne se r\u00e9soudront pas toutes par des sanctions. Certaines appellent des d\u00e9cisions contractuelles ou judiciaires. D\u2019autres n\u00e9cessitent des r\u00e9formes administratives, des recrutements, de la formation et une clarification des responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Il faudra \u00e9galement revoir la mani\u00e8re dont les grands projets sont suivis, depuis leur conception jusqu\u2019\u00e0 leur exploitation. Nous devons surtout abandonner l\u2019id\u00e9e qu\u2019un investissement public se mesure uniquement \u00e0 son montant. Un milliard engag\u00e9 n\u2019est pas n\u00e9cessairement un milliard utilement d\u00e9pens\u00e9. La qualit\u00e9 d\u2019une d\u00e9pense publique d\u00e9pend aussi de ce qu\u2019elle produit, de la dur\u00e9e pendant laquelle elle rend service et de la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 en pr\u00e9server les b\u00e9n\u00e9fices.<\/p>\n<p>C\u2019est une question de gestion. C\u2019est \u00e9galement une question de culture administrative. Nous avons besoin d\u2019institutions capables de r\u00e9sister aux pressions, de faire respecter les proc\u00e9dures et de refuser la mise en service d\u2019un \u00e9quipement lorsque les conditions de s\u00e9curit\u00e9 ne sont pas r\u00e9unies.<\/p>\n<p>Un ing\u00e9nieur qui \u00e9met une r\u00e9serve doit pouvoir \u00eatre entendu. Un contr\u00f4leur qui constate une irr\u00e9gularit\u00e9 doit pouvoir la signaler. Une commission de march\u00e9 doit pouvoir \u00e9carter une offre qui ne satisfait pas aux exigences techniques, quelles que soient les consid\u00e9rations ext\u00e9rieures au dossier. Et lorsqu\u2019un probl\u00e8me survient, les documents doivent permettre de comprendre les d\u00e9cisions prises, sans attendre qu\u2019un accident oblige \u00e0 les rechercher.<\/p>\n<p><strong>Le v\u00e9ritable rendez-vous commence apr\u00e8s le rapport<\/strong><\/p>\n<p>La commission Kane a accompli un travail dont les conclusions m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre examin\u00e9es s\u00e9rieusement. L\u2019OTI avait, avant elle, contribu\u00e9 \u00e0 faire \u00e9merger des questions pr\u00e9cises dans le d\u00e9bat public. Cette contribution rappelle l\u2019utilit\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 civile capable d\u2019enqu\u00eater, de documenter et d\u2019interpeller les institutions sans se substituer \u00e0 elles. Le gouvernement dispose maintenant de recommandations concr\u00e8tes.<\/p>\n<p>Il reste \u00e0 savoir comment elles seront appliqu\u00e9es. Les d\u00e9cisions concernant les contrats, les \u00e9ventuelles transmissions \u00e0 la justice, les mesures administratives, la s\u00e9curisation des installations et la r\u00e9forme de la SOMELEC devront \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9es sur leurs r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>La Mauritanie continuera d\u2019investir dans l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Elle devra le faire, car ses besoins sont consid\u00e9rables. Mais la prochaine \u00e9tape ne devrait pas seulement consister \u00e0 construire davantage. Elle devrait consister \u00e0 mieux pr\u00e9parer, mieux choisir, mieux contr\u00f4ler et mieux entretenir.<\/p>\n<p>Car un \u00c9tat ne se renforce pas uniquement par les infrastructures qu\u2019il finance. Il se renforce aussi par les r\u00e8gles qu\u2019il fait respecter, les comp\u00e9tences qu\u2019il prot\u00e8ge et les comptes qu\u2019il accepte de rendre. Les incendies ont \u00e9t\u00e9 ma\u00eetris\u00e9s. Le courant a \u00e9t\u00e9 r\u00e9tabli. Reste une question que ni les r\u00e9parations techniques ni les changements de gouvernement ne peuvent, \u00e0 eux seuls, r\u00e9gler.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat mauritanien saura-t-il d\u00e9sormais faire fonctionner ses contr\u00f4les avec autant de d\u00e9termination qu\u2019il mobilise ses investissements ?<\/p>\n<p><strong>Mansour LY,<\/strong> juriste, analyste politique<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il aura fallu deux incendies, plusieurs jours de coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et des quartiers entiers de Nouakchott plong\u00e9s dans l\u2019incertitude pour que nous regardions enfin ce qui se passe derri\u00e8re les grands investissements publics. Pendant que les techniciens tentaient de r\u00e9tablir le courant, une autre question commen\u00e7ait \u00e0 circuler. 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