Des exportateurs de poissons frais et vivants demandent la révision du décret n°133-2025 relatif aux attributions de la SMCP


Un collectif d’acteurs de la pêche artisanale, composé principalement d’exportateurs nationaux de poissons frais et vivants, a adressé une pétition aux plus hautes autorités du pays, sollicitant la levée du préjudice grave résultant de l’application du décret n°133-2025, lequel a intégré l’exportation des poissons frais et vivants dans le champ de compétence de la Société Mauritanienne de Commercialisation du Poisson (SMCP).

Dans leur requête, les signataires estiment que ce décret a engendré des répercussions négatives multiples, tant sur le plan économique que social, affectant directement une filière sensible et stratégique pour l’économie nationale, en particulier la pêche artisanale maritime qui représente, selon eux, plus de 89 % du secteur halieutique.

Une activité aux contraintes spécifiques

Les exportateurs soulignent que l’exportation des poissons frais et vivants constitue une activité fondamentalement différente des autres filières halieutiques, en raison de contraintes temporelles, techniques et sanitaires extrêmement strictes. Produit hautement périssable, le poisson frais nécessite une chaîne logistique très courte, une continuité absolue de la chaîne du froid et des procédures administratives rapides.

Selon la pétition, tout retard, même de quelques heures, peut compromettre la qualité des cargaisons et entraîner leur rejet par les clients ou par les autorités sanitaires des pays importateurs, notamment sur les marchés soumis à des normes rigoureuses.

Des préjudices économiques et sociaux avérés

Le collectif affirme que l’intégration de cette activité dans le circuit de la SMCP a provoqué plusieurs effets négatifs, parmi lesquels :

  • des retards importants dans les opérations d’exportation en raison de la complexité des procédures ;

  • une hausse des coûts liée aux commissions et charges supplémentaires ;

  • la perte de marchés extérieurs et l’annulation de contrats commerciaux ;

  • une réduction de l’activité des entreprises nationales, avec des conséquences directes sur l’emploi et sur les catégories vulnérables dépendantes de la pêche artisanale.

Les pétitionnaires mettent également en garde contre un risque d’atteinte au « label Mauritanie », construit au fil des années et reconnu sur plusieurs marchés internationaux.

Respect des obligations légales et contribution en devises

Les exportateurs rappellent que leurs activités s’exercent dans le strict respect des obligations fiscales, sociales et légales, incluant le paiement des taxes, la protection des droits des travailleurs et le rapatriement régulier des recettes en devises via le système bancaire national, conformément à la réglementation des changes.

À leurs yeux, l’assujettissement de l’exportation des poissons frais et vivants au contrôle de la SMCP n’apporte aucune valeur ajoutée significative à l’État, tout en générant des pertes importantes pour les opérateurs et pour l’économie nationale.

Une expérience jugée concluante… dans l’échec

Pour étayer leur position, les signataires évoquent une expérience pratique d’exportation sous la supervision de la SMCP, qui se serait soldée par un échec. Une cargaison de poisson frais aurait mis plus de 48 heures avant de quitter une usine de Nouakchott, sans même entamer son acheminement vers sa destination finale, le Portugal, alors que la même opération nécessitait auparavant une à deux heures seulement.

Ce retard, jugé techniquement et sanitairement inacceptable, aurait exposé la marchandise à un risque élevé d’altération et démontré, selon le collectif, l’inadéquation des procédures de la SMCP avec les exigences de l’exportation des produits frais et vivants.

Appel à la révision du décret

Sur le plan juridique, la pétition invoque le principe de la levée du préjudice, ainsi que la liberté du commerce et de l’exportation, estimant que toute restriction doit rester exceptionnelle et proportionnée.

En conclusion, les exportateurs demandent :

  • la révision, la suspension ou l’abrogation partielle du décret n°133-2025 concernant spécifiquement l’exportation des poissons frais et vivants ;

  • le maintien de cette activité en dehors du monopole de la SMCP ;

  • l’ouverture d’un cadre de concertation inclusif réunissant autorités publiques et acteurs du secteur afin de parvenir à une solution équilibrée, protégeant à la fois les intérêts de l’État, la pérennité des entreprises nationales et l’emploi.

La pétition est signée par plusieurs sociétés et opérateurs du secteur, dont COPMER, Elytaleb Fish, MK Pêche, CK Fish, Baricala Fresh Seafood, El Wataniya Pêche, IDA SARL, Maradentro, MFT SARL, Pescazur, SMOJ, Al Haramain SARL, Atlantic Fresco, Pêche du Sud, Marazul, Bemba Kevin Fish et Sigma Seafood.