Rapport de la Cour des comptes : non, il n’y a pas “41 milliards dilapidés” !

Alors que plusieurs médias et comptes sur les réseaux sociaux affirment que la Cour des comptes aurait révélé la “dilapidation de 41 milliards d’ouguiyas”, la vérification des faits montre qu’aucune trace de ce chiffre n’existe dans le rapport officiel. L’institution pointe des irrégularités et des gaspillages, mais pas de détournement massif.

Contexte

Depuis la publication du dernier rapport de la Cour des comptes en Mauritanie, une information largement partagée sur Facebook, X (Twitter) et YouTube affirme que l’institution aurait révélé des malversations portant sur 41 milliards d’ouguiyas.
Une vidéo publiée (https://www.youtube.com/watch?v=WeBDQeqABo8&t=104s) sur YouTube le 25 octobre 2025 avec 64 abonnés et un article du site Le360 Afrique, titré « Mauritanie : les malversations portent sur 41 milliards d’ouguiyas, les pressions tribales triompheront », ont contribué à amplifier cette affirmation. Le media sénégalo-mauritanien Senalioune.com poursuit avec le titre : « La Cour des Comptes saisit le gouvernement pour mettre la lumière sur le sort des 40 milliards disparus. » De son coté le media Trust Magazine publie sur son site ainsi que sur sa page facebook qui compte plus de 78 milles followers la même information à propos des 40 milliards.

Sur les réseaux, des publications virales affirment que “la Cour des comptes a épinglé 41 milliards détournés” ou “dilapidés”, citant le rapport annuel comme source.
Après vérification, cette affirmation est fausse.

Vérification

Aucune trace de “41 milliards dilapidés” dans le rapport

Consulté dans son intégralité, le rapport 2023-2024 de la Cour des comptes ne mentionne à aucun moment la somme de 41 milliards MRU.
Aucune page, aucun paragraphe ne fait état d’un chiffre global de “fonds dilapidés”, ni d’un total de pertes chiffré à ce montant.

La Cour des comptes y dénonce effectivement des irrégularités, gaspillages, faiblesses de contrôle interne et parfois des détournements d’objectifs, mais jamais de détournement massif équivalant à 41 milliards MRU.

Ce que dit réellement la Cour

Le rapport évoque, institution par institution, des dysfonctionnements précis et chiffrés :

  • SOMELEC (électricité) : pertes d’énergie non facturée dues à des branchements illégaux, compteurs défectueux et mauvaise gestion.
    Préjudice estimé : 2,8 milliards MRU.
  • Fonds des hydrocarbures raffinés : utilisation de ressources destinées au soutien du secteur pour financer des primes, réceptions et dépenses internes — un détournement d’objectif, mais non un détournement de fonds publics massifs.
  • Autres ministères (Santé, Emploi, Infrastructures…) : la Cour signale des dépenses irrégulières ou non justifiées, souvent liées à un manque de traçabilité comptable, mais toujours sur des montants limités.

Aucun total ne s’élève, ni même ne s’approche, du chiffre de 41 milliards MRU évoqué dans la rumeur.

Une confusion entretenue par des amalgames

Selon plusieurs observateurs, le chiffre de 41 milliards semble provenir d’une addition arbitraire de divers montants épars figurant dans plusieurs rapports de la Cour, voire de données budgétaires globales sorties de leur contexte (par exemple, des dotations annuelles à certains fonds publics).

Mais la Cour elle-même ne parle jamais de “sommes dilapidées” : elle décrit des pertes techniques ou des irrégularités de gestion, non des montants volés.

Analyse du discours viral

L’article de Le360 Afrique et la vidéo qui l’accompagne mélangent les notions de “malversations”, “pressions tribales” et “fonds détournés”, sans distinction entre :

  • les pertes techniques (comme celles liées à la distribution d’électricité),
  • les erreurs de gestion,
  • et les véritables cas de détournement d’objectifs.

Cette confusion alimente la perception d’un “scandale massif”, sans fondement chiffré dans le rapport officiel.

Conclusion

Non, la Cour des comptes n’a pas révélé de “41 milliards d’ouguiyas dilapidés”.

Ce qu’elle décrit, c’est un système administratif désorganisé, où se cumulent les pertes, les gaspillages et le manque de contrôle, mais pas un détournement massif de dizaines de milliards.
Le chiffre de 41 milliards relève d’une désinformation, non d’un fait établi.

Avant de partager des chiffres, il faut lire les rapports, comprendre les termes et vérifier les sources.
Parce qu’en matière de gouvernance comme de journalisme, la rigueur commence par l’information vérifiée.