Dossier de la décennie : La justice mauritanienne condamne l’ex-président Mohamed Abdel Aziz à 15 ans de prison
La Chambre criminelle de la Cour d’appel de Nouakchott a rendu, ce mercredi après-midi, son verdict dans le dossier dit de la « Décennie », marquant l’aboutissement d’un procès historique qui a duré près de six mois, entrecoupé de suspensions liées à des recours devant le Conseil constitutionnel. Quatre accusés, dont l’ancien président mauritanien Mohamed Abdel Aziz, ont été condamnés, six autres ont été acquittés, et les peines de deux prévenus ont été confirmées.
Une condamnation lourde pour l’ex-président
L’ancien chef de l’État (2008-2019), Mohamed Ould Abdel Aziz, a écopé de 15 ans de prison ferme pour « abus de fonction, abus d’autorité, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux ». Ces charges ont été retenues au titre des articles 13, 14 et 17 de la loi 014/2016 sur la lutte contre la corruption, ainsi que de l’article 38 de la loi 017/2019 relative à la lutte contre le blanchiment d’argent. La peine prononcée ce jour est bien plus sévère que le verdict initial de la cour de première instance, qui l’avait condamné en 2022 à 5 ans de prison, à la confiscation de ses biens mal acquis, au paiement de 500 millions d’ouguiyas à titre de dédommagement à l’État, et à la privation de ses droits civiques.
Peines renforcées pour d’autres hauts responsables
Parmi les autres condamnés figurent Mohamed Salem Ahmed Ibrahim Val, dit « El Merkhi », ancien directeur général de la Société nationale d’électricité (Somelec). La cour a alourdi sa peine, le condamnant à 2 ans de prison ferme, une amende de 50 000 MRU et la saisie des biens issus de transactions douteuses. Il avait initialement été privé de ses droits civiques. Les mêmes sanctions ont été appliquées à Mohamed M’Seabou, homme d’affaires et gendre de l’ex-président, reconnu coupable des mêmes charges d’abus d’influence et de blanchiment.
Acquittements et confirmation de peines
Six autres accusés ont été acquittés par la cour, tandis que les sentences de deux prévenus, dont les identités n’ont pas été précisées, ont été maintenues en l’état. Le procès, qui a mobilisé l’attention nationale, portait sur des détournements présumés de fonds publics durant la « décennie » de pouvoir d’Abdel Aziz, accusé d’avoir profité de son influence pour s’enrichir, lui et son entourage, via des marchés opaques et des privilèges indus.
Un procès symbolique pour la lutte anti-corruption
Ce verdict, salué par une partie de la société civile comme une avancée majeure dans la lutte contre l’impunité, intervient dans un contexte où la Mauritanie cherche à redorer son image sur la scène internationale. Les références précises aux lois anti-corruption et anti-blanchiment dans le jugement soulignent la volonté des autorités de se conformer aux standards juridiques internationaux.
Cependant, les soutiens de l’ex-président dénoncent une « justice politicienne », rappelant que Mohamed Abdel Aziz, avait lui-même initié des réformes anti-corruption durant son mandat.
Avec ce jugement, la Mauritanie rejoint le cercle des pays africains où d’anciens dirigeants sont condamnés pour malversations. Reste à voir si cette décision judiciaire apaisera les tensions politiques ou ravivera les clivages, dans un pays où l’équilibre entre justice et politique reste fragile.
