Corruption et Mauvaise Gestion dans les Marchés Publics en Mauritanie : Un Cas Alarment d’Abus de Gré à Gré

L’Organisation pour une Transparence Inclusive (OTI) a révélé des faits troublants sur la gestion des marchés publics et des commandes de l’État mauritanien, en particulier pour les années 2020 à 2022. Les statistiques de l’OTI montrent une augmentation alarmante des marchés conclus par entente directe (gré à gré), avec une valeur totale dépassant 308 milliards d’anciens ouguiyas sur cette période. En 2020, cette somme s’élevait à 75.732.047.380 MRO, en 2021 à 109.268.619.770 MRO, et en 2022 à 129.917.310.550 MRO. Ces pratiques, souvent associées à la corruption et à l’absence de transparence, soulèvent de graves préoccupations.

Un exemple flagrant est le Marché gré à gré n°0026/T/006/CMD/MHA/2020, financé par l’Agence Française de Développement. Ce marché, d’une valeur initiale de 813.546.730 MRO et un crédit impôts de 150 millions d’ouguiyas, devait servir à la réalisation de quatre radiers et d’une piste d’accès. Cependant, il s’est avéré que la piste existait déjà et qu’aucun oued n’empêchait l’accès au Réservoir RMC4, remettant en question la justification de ces travaux.

 

Sur le terrain, l’OTI a constaté la présence d’une chaussée en béton, mais sans les lampadaires solaires ni les radiers promis. De plus, une analyse du Devis Quantitatif et Estimatif a révélé une surestimation choquante des coûts : la chaussée, facturée à 699 millions d’ouguiyas, n’aurait dû coûter que 54.446.400 MRO, exposant ainsi une surfacturation de plus de 360 millions MRO. L’absence de l’éclairage public, estimé à 57.500.000 MRO, et la surestimation du volume de sable utilisé pour le remblayage, évalué à 133.500.000 MRO, aggravent encore le tableau.

 

La perte totale pour l’État mauritanien s’élève à environ 729.060.330 MRO, soit 90% de la valeur initiale du contrat. La comparaison avec le coût d’une route asphaltée de meilleure qualité (150.000.000 MRO par kilomètre) souligne l’ampleur de la surfacturation. Des figures clés, telles que la Ministre Naha HAMDI MOUKNASS, le président du patronat mauritanien Zein El Abidin Cheikh Ahmed, et d’autres responsables, sont impliqués dans ces opérations de détournement de fonds.

Face à ces révélations, l’OTI demande l’ouverture urgente d’une enquête pour faire la lumière sur ces pratiques dévastatrices et restaurer la confiance dans la gestion des marchés publics en Mauritanie. Ce cas met en évidence la nécessité d’une réforme en profondeur des procédures d’attribution des marchés publics pour garantir la transparence et la responsabilité.