Démenti d’une rumeur : une fausse “décision du ministère de l’Intérieur” sur la surveillance des communications circule en Mauritanie

Des pages et comptes sur les réseaux sociaux en Mauritanie ont largement partagé, au cours des dernières heures, une image prétendant qu’une “décision du ministère de l’Intérieur” aurait instauré un “nouveau système de télécommunications” permettant la surveillance des appels, des messages WhatsApp, Facebook et Twitter, ainsi que le lien des numéros de téléphone avec l’état civil et l’empreinte biométrique, avec des mises en garde contre l’envoi de messages jugés inutiles.

Cette fausse information a également été massivement relayée sur la plateforme TikTok, notamment via un compte nommé « الشيخ | Fit », où la vidéo a enregistré une forte viralité en très peu de temps : environ 180 000 vues en six heures, avec 8 550 mentions “j’aime” et 471 commentaires, illustrant la rapidité de propagation de ce type de contenus trompeurs.

Après vérification du contenu, de la forme et des éléments techniques de cette image, il apparaît clairement qu’il s’agit d’une information fausse et trompeuse, sans aucune source officielle.

 

Premièrement : aucune annonce officielle de l’État

À ce jour, aucun communiqué officiel n’a été publié par le ministère de l’Intérieur, la Direction générale de la Sûreté nationale ou toute autre institution gouvernementale mauritanienne concernant ce sujet.

Les décisions officielles en Mauritanie sont généralement diffusées via des canaux reconnus, notamment l’Agence mauritanienne d’information ou les pages officielles vérifiées des institutions publiques, et non par des images anonymes circulant sur WhatsApp, Facebook ou TikTok.

Deuxièmement : des logos non conformes à l’identité officielle

L’image en question utilise des symboles et des logos qui ne correspondent pas à l’identité visuelle officielle du ministère de l’Intérieur ou de la Direction générale de la Sûreté nationale en Mauritanie. Cela renforce l’hypothèse d’un contenu non officiel, fabriqué dans le but de semer la confusion et d’alimenter la peur.

Troisièmement : des erreurs techniques et des informations trompeuses

L’affirmation selon laquelle “WhatsApp serait surveillé” ou que les messages seraient “enregistrés et écoutés” ignore un principe technique fondamental :

Selon le Centre d’aide de Meta, les messages et appels sur Messenger sont protégés par un chiffrement de bout en bout, ce qui signifie que seuls l’expéditeur et le destinataire peuvent lire ou entendre le contenu, et même Meta n’y a pas accès.

WhatsApp repose également sur le chiffrement de bout en bout (End-to-End Encryption), ce qui empêche l’accès au contenu des messages pendant leur transmission par des tiers, sauf dans des cas très limités comme l’accès direct à l’appareil, un signalement par un utilisateur ou un piratage du téléphone.

Que cela signifie-t-il concrètement ?

Aucune entité ne peut effectuer une “surveillance massive” des contenus chiffrés comme le suggère l’image.

Les autorités peuvent, dans un cadre légal, demander certaines données aux opérateurs, mais cela est très différent d’un accès direct aux messages privés.

Le lien entre numéro de téléphone et identité nationale peut relever de politiques administratives, sans impliquer une surveillance du contenu des communications.

Indices évidents de falsification

Un langage alarmiste et sensationnaliste inhabituel pour des documents officiels

Des incohérences dans la mise en page et la rédaction

L’absence de référence juridique ou de numéro de décision

Aucun source officielle vérifiable

Conclusion

L’image diffusée relève clairement de la désinformation, visant à susciter la peur et à manipuler l’opinion publique en exploitant un manque de vérification des contenus numériques.

Message au public : avant de partager un document présenté comme officiel, il est essentiel d’en vérifier la source auprès des plateformes gouvernementales reconnues. La diffusion de rumeurs contribue à la désinformation et peut provoquer une panique inutile.

La fiabilité de l’information est une responsabilité collective, et la lutte contre la désinformation commence par la prudence avant le partage.