Députées en garde à vue : la CNDH confrontée à un refus et à la suspicion

La Commission Nationale des Droits de l’homme (CNDH) se retrouve au cœur d’une séquence sensible, mêlant contrôle des conditions de détention, défiance politique et interrogations sur son impartialité. L’institution a dépêché, lundi dernier, une mission pluridisciplinaire conduite par son président, El Bekaye Ould Abdel Maleck, accompagnée du secrétaire général, de plusieurs membres ainsi que du directeur de la protection.

Cette mission avait pour objectif de visiter les lieux de détention des deux députées, Mariem Cheikh Samba Dieng et Ghamou Achour Salem, placées en garde à vue depuis quelques jours au Bureau de lutte contre la cybercriminalité à Nouakchott.

Selon la Commission, cette démarche s’inscrit dans le cadre de son mandat visant à constater sur le terrain les conditions de détention et à vérifier leur conformité avec les dispositions juridiques nationales ainsi qu’avec les normes internationales relatives aux droits humains.

Toutefois, les deux parlementaires ont refusé de recevoir la mission, sans que les raisons officielles de ce refus ne soient rendues publiques. Ce rejet alimente diverses interprétations, certains observateurs estimant que les députées pourraient suspecter la Commission de partialité et redouter une présentation édulcorée de leurs conditions de détention auprès de l’opinion publique.

Réagissant à cette situation, El Bekaye Ould Abdel Maleck a exprimé ses regrets de ne pas avoir pu rencontrer les intéressées ni recueillir leurs témoignages. Il a néanmoins affirmé que la Commission demeure disposée à les rencontrer à tout moment, ainsi que leurs avocats.

Le président de la CNDH a indiqué que la mission s’était appuyée sur les informations fournies par les autorités sécuritaires en charge de la garde à vue, lesquelles jugent les conditions générales de détention « convenables ». Une appréciation qui, pour certains analystes, correspond précisément aux inquiétudes ayant motivé le refus des parlementaires.

Dans le détail, il a mis en avant plusieurs éléments jugés positifs, notamment la présence d’un agent de sécurité féminin pour assurer la surveillance, afin de prendre en compte les besoins spécifiques des femmes détenues. Il a également évoqué la prise en charge des besoins essentiels, tels que l’alimentation, les soins de santé et l’assistance liée à la présence d’un enfant.

Par ailleurs, la Commission a souligné que les avocats de la défense ont été autorisés à accéder aux détenues, ce qui constitue, selon elle, une garantie importante du respect des droits en garde à vue.

Dans un registre plus politique, le président de la CNDH a rappelé que toute atteinte au Président de la République, Mohamed Ould Ghazouani, constitue une atteinte à la volonté populaire qui l’a élu ainsi qu’aux institutions constitutionnelles qu’il incarne. Une déclaration qui suscite déjà des réactions, certains y voyant une prise de position dépassant le strict cadre des missions d’une institution de défense des droits humains.

Cette affaire met en lumière les tensions persistantes entre institutions de contrôle, acteurs politiques et opinion publique, dans un contexte où les questions liées aux libertés individuelles et à l’indépendance des organes de régulation demeurent au centre du débat national.